Philosophie de la biologie et de la médecine

Séminaire "Philosophie et Immunologie"

French
Responsable (s)
PRADEU Thomas

Philippe Kourilsky (PU, Collège de France), donnera une conférence sur :"Réflexions sur la complexité dans le système immunitaire - et ailleurs"

Parmi les sciences du vivant, l’immunologie a un statut paradoxal. Elle est un domaine à la fois très expérimental et profondément marqué par une réflexion théorique. De la théorie phagocytaire de Metchnikoff à la théorie du danger proposée dans les années 1990 par Polly Matzinger en passant par la théorie du soi et du non-soi de Burnet et la théorie du « réseau » de Niels Jerne, l’immunologie s’est structurée autour de la recherche de concepts et de cadres théoriques riches et complexes. En parlant de soi et de non-soi, d’identité et d’individualité, l’immunologie a même repris à son compte des problématiques proprement philosophiques, qu’elle explore et auxquelles elle répond avec des arguments spécifiques.

Dans ce séminaire de recherche « Philosophie et immunologie », nous souhaitons réunir des philosophes des sciences et des immunologistes désireux de comprendre, mais aussi d’examiner de manière critique, les fondements conceptuels et théoriques de l’immunologie contemporaine. Qu’est-ce qu’une réponse immunitaire ? A quoi son déclenchement est-il dû ? Quelle est la pertinence des notions de « soi » et de « non-soi » en immunologie ? L’immunologie nous apprend-elle quelque chose sur notre identité ? Qu’appelle-t-on la « tolérance » immunitaire ?

Ouvert à tou.te.s, ce séminaire a été mis en place en septembre 2009, à l’initiative de Thomas Pradeu (UFR de Philosophie-Sociologie, Univ. Paris IV Paris-Sorbonne & Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques), Leïla Périé et François Asperti-Boursin (tous deux alors au Département d'Immunologie et Hématologie à l’Institut Cochin). 

Le texte ci-dessous décrit de façon plus détaillée quel est l’état d’esprit de ce séminaire.

En 2012-2013, le séminaire est organisé par Marc Daëron (Institut Pasteur & CIML) et Thomas Pradeu.

Les séances ont lieu de 12h à 14h, à l’IHPST, une fois par mois (le plus souvent un mercredi ou un jeudi).

Chaque exposé dure entre 20 et 30 minutes et est suivi d’une longue discussion avec le public.

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Présentation détaillée du séminaire Philosophie et immunologie (par Marc Daëron & Thomas Pradeu)
Le travail philosophique est avant tout un travail sur les concepts et les notions. Dans ce séminaire, nous allons nous concentrer sur quelques notions et essayer de réaliser un travail de clarification à leur propos. Ce séminaire nous paraît un lieu approprié pour ce travail. Lors des séances précédentes, les débats ont en effet souvent porté sur le sens des mots de l'immunologie, et il est apparu que tous les participants ne les utilisaient pas toujours dans le même sens ou que nous les utilisions sans avoir vraiment approfondi ce qu'ils signifient et ce qu'ils suggèrent. Il existe toute une tradition en histoire et philosophie des sciences qui insiste sur la fécondité des termes flous : en évitant de se mettre d’accord sur ce qu’ils entendent par des termes comme « gène » ou « soi immunitaire », les scientifiques réaliseraient de grands progrès, tandis qu’une tentative trop étroite de définition rigoureuse des termes scientifiques conduirait en réalité à une moindre fécondité dans la recherche. Dans ce groupe de travail, nous partons de l’hypothèse inverse, c’est-à-dire que nous soutenons que la précision dans les termes employés en immunologie est une condition nécessaire à la réalisation de véritables avancées dans le domaine (la fécondité de la recherche n’est alors pas comprise à l’aune de la quantité de publications produites, ce qui est souvent le cas dans le cadre de la vision mentionnée précédemment, mais à l’aune de véritables avancées conceptuelles, théoriques, expérimentales et techniques).

Ce travail sur les notions de l’immunologie peut prendre les formes suivantes :

  • Elimination : après examen attentif, il est possible de suggérer qu’une notion (par exemple, celle de « tolérance immunitaire ») devrait être abandonnée, parce qu’elle ne serait pas définie de manière précise et/ou aurait plus de conséquences négatives (nous nous laissons entraîner par les mots) que positives (par exemple valeur de simplicité ou de pédagogie ou fécondité heuristique). Un tel abandon, bien entendu, ne se décrète pas ; on constate néanmoins, au cours de l’histoire d’une science, l’abandon de certains termes imprécis ou mal définis, et donc le travail effectué dans ce séminaire pourrait aider à identifier de tels termes dans l’immunologie actuelle, sans prétendre bien évidemment par lui-même fixer le vocabulaire de l’immunologie.

 

  • Remplacement : une notion peut être remplacée par une notion ou une expression plus précise ou plus exacte. Par exemple pour des termes « métaphoriques », comme «mémoire » lorsqu’on parle de « mémoire immunitaire ». Dans ce cas, le but n’est pas de rejeter une idée qui serait erronée, mais de trouver le bon mot pour exprimer cette idée. On pourrait par exemple remplacer la notion de « mémoire immunitaire » par celle de « capacité à répondre plus rapidement et plus intensément lors d’une seconde exposition à un antigène ». On perdrait certes en élégance, mais on gagnerait peut-être en précision ; il est utile de voir, à ce propos, les nombreux débats actuels sur l’hypothèse d’une « mémoire » de l'immunité innée : les protagonistes s’affrontent alors même que, bien souvent, ils n’ont pas à l’esprit la même définition du terme « mémoire immunitaire ».

 

  • Explicitation : une notion ayant plusieurs sens peut se voir assigné un seul sens à l’issue d’un travail d’analyse ; ou bien : une notion ayant un sens relativement imprécis peut se voir assigné un sens plus précis ; ou encore : le travail conceptuel conduit, souvent de manière féconde, à établir qu’une même notion renferme plusieurs sens, à prendre acte de cette pluralité, et à tenter de clarifier chacune de ces significations pour les trier, les intégrer ou, simplement, les avoir à l'esprit.


Les notions que nous prendrons pour objet dans ce séminaire doivent appartenir à l’immunologie actuelle (ou bien avoir des répercussions directes sur l’immunologie actuelle). Il ne s’agit pas de retracer l’histoire de notions qui ne sont plus utilisées dans l’immunologie d’aujourd’hui, mais bien d’analyser les notions actuelles. Pour effectuer cette analyse, plusieurs outils seront mobilisés : les outils de l’histoire des sciences, les outils de la philosophie des sciences, notamment la philosophie de la biologie, les outils de la philosophie générale, etc.
Des notions que nous pourrions prochainement explorer dans le séminaire sont par exemple :

  • Immunité
  • Reconnaissance
  • Antigène
  • Récepteur
  • Activation
  • Mémoire
  • Tolérance
  • Soi

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