CASTEL PIerre-Henri

Directeur de recherches, CNRS (CESAMES, Paris V)

Né à Paris en 1963, ancien élève de l'E.N.S. Ulm, Agrégé de Philosophie, Pierre-Henri Castel est docteur en philosophie et docteur en psychologie clinique et pathologique. Entré au C.N.R.S. en 1999, il consacre ses travaux à l'histoire et à la philosophie de la médecine mentale au sens large (de la psychiatrie, de la neurologie et des neurosciences jusqu'à la psychanalyse, ainsi qu'aux théories juridiques et sociologiques qui s'y articulent). Sa méthodologie relève notamment d'une tradition ancienne à l'I.H.P.S.T, l'épistémologie historique.

Le coeur intellectuel de ses recherches, tant en cours qu'en projet, est d'articuler la philosophie contemporaine de l'esprit, essentiellement d'inspiration analytique, à l'épistémologie de la psychopathologie (i.e. la partie théorique de la médecine mentale). Elles puisent à deux sources, l'érudition historique d'une part, au service de la compréhension des problèmes traditionnels de la psychiatrie et de leur évolution, la pratique clinique d'autre part, puisqu'il est également psychologue à l'hôpital de Ville-Evrard et psychanalyste.

Une question résume les enjeux: l'esprit peut-il être malade ? Les réponses usuelles sont négatives dans une perspective réductionniste, voire éliminativiste: seul le cerveau peut être malade, et l'on ne parle de "maladie mentale" que pour décrire des troubles cognitifs de haut niveau dont la cause neurobiologique reste inconnue. En médecine, ainsi, le point de vue naturaliste tend à prévaloir. Au contraire, en mobilisant un argumentaire classique en philosophie de l'esprit, qui récuse la possibilité de naturaliser l'intentionnalité, ses recherches veulent rappeler et préciser ce qu'il en serait de l'irréductibilité des maladies psychiatriques à de purs processus neurobiologiques. Parmi les conséquences et les applications principales de cette attitude philosophique, on trouve : 1) une critique des réfutations épistémologiques de la psychanalyse comme fausse ou irrationnelle; 2) un poids considérable donné à des considérations sociologiques et holistiques dans la caractérisation du mental; 3) une attention spéciale à la tradition clinique en psychiatrie, notamment française, et à son enracinement "psychiste".

De même que la philosophie de l'esprit articule théories de l'action, de la croyance, et des qualia, il s'intéresse aux paradoxes associés à chacune de leurs variantes pathologiques. Le rôle de l'hystérie dans la constitution du paradigme même de la psychopathologie a été spécialement exploré, des débats sur l'hypnose à la fin du 19ème siècle jusqu'à la formation de la théorie freudienne: l'hystérie, en effet, noue ensemble trouble de l'action et de la croyance. Le paradigme du trouble de l'action intentionnelle a fait l'objet d'une autre série d'études, à la fois historiques et épistémologiques, dont les points de repères sont la doctrine de la névrose dite "obsessionnelle", la théorie freudienne dans ses moments théoriques constitutifs (notamment l'idée d'une interprétation du rêve et des symptômes à partir de leur contenu intentionnel "inconscient"), et enfin des perspectives ouvertes par les approches cognitivistes contemporaines, à partir des "théories de l'esprit" supposées des schizophrènes ou des autistes, dans la mesure où ces approches sollicitent, elles encore, une notion naturaliste de l'action. Le transsexualisme, enfin, trouble si pur qu'il ne concerne peut-être que le vécu en première personne, permet quant à lui d'avancer vers une théorie de la subjectivité morbide. D'autres recherches, poursuivies dans le cadre d'un programme pluridisciplinaire de l'I.H.P.S.T sur les normes et la normativité, concernent le statut des perversions dans la psychiatrie et la médecine légale contemporaines.

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