Séminaire PhilSci : 2017-2018

Responsable (s): 

Rencontre PhilSci : Présentation de Nicolas Pastor (Paris 1)

Undefined
Wednesday 17 January 2018 - 10:00 to 12:00
IHPST - Salle de conférence
Rousseau-Mermans Sophia

Rencontre PhilSci

Nicolas Pastor (Paris 1) : "Sur le rapport entre expliquer et prédire pour la philosophie des sciences et la biologie de l’évolution" 

Dans de nombreux publications, Hempel & Oppenheim (1948), Hempel (1958, 1965), le philosophe des sciences Carl Gustav Hempel a défendu l’idée qu’il existait une identité structurale entre l’explication et la prédiction, c’est la la thèse de la symétrie. Cette thèse, dont les linéaments se découvrent dans les travaux de Popper (Michel Bechet 2013), séduit et interpelle. Pourtant, une pluie de critiques vint abattre sur cette dernière ; elle provenait de scientifiques et philosophes qui s’occupent de sciences humaines et de biologie de l’évolution. Pour cette science, on pourrait presque soutenir une thèse contraire et affirmer une asymétrie entre son pouvoir explicatif qui nous semble conséquent et son potentiel prédictif bien modeste. C’est pourquoi nous choisissons de reprendre les critiques qui lui furent adressées, car nous espérons en retirer des enseignements à même d’éclairer les limites de notre capacité à entrevoir le futur organique.

Rencontre PhilSci : Présentation de Marco Casali & Perceval Pillon

Undefined
Friday 16 February 2018 - 17:00 to 19:00
IHPST - Salle de conférence

Marco Casali, « Hasard et biologie : un nouveau regard philosophique sur une propriété du vivant »
La présentation sera donnée en anglais mais les questions pourront être posées en français ou en anglais (traduction possible dans les deux langues)

The topic of my research project is chance in biology, specifically the concept of chance at the molecular/cellular and macro-evolutionary levels. Contemporary historians and philosophers of biology have focused on the meaning of chance and its role in modern Evolutionary Theory (hereafter ET) (e.g., Beatty, 1984; Brandon and Carson 1996; Graves Horan and Rosenberg 1999; Gayon 2005; Glymour 2001; Millstein 1996, 2000a,, 2002). Apart from some notable exceptions (e.g. Millstein 2000, Merlin 2016, Huneman 2017), primarily for pragmatic reasons, philosophical investigation has centered on the role of chance in micro-evolutionary changes which happen at or below the species level. It is mainly at this level – the populational level – that biologists investigate the transmission of heritable changes and their spread in populations by drift and natural selection. Consequently, a significant literature concerning the concepts of chance in molecular and cellular biology and in macro-evolutionary biology is at the moment lacking. The ultimate aim of my project is to fill this gap by questioning the meaning and role of the concept of chance in the characterization of molecular/cellular phenomena as well as macro-evolutionary phenomena. My objective is to show how in these two research areas the concept of chance can be epistemologically different from the variety of concepts of chance used in ET. In my presentation, I will address some questions only for the molecular/cellular level. Contemporary molecular biologists refer to chance mainly as noise in gene expression (e.g. Pilpel 2014). I will analyze this conception of chance in order to argue that it is an inadequate epistemological (and ontological?) approach. Indeed, recent biological evidence (e.g. Meyer and Roeder 2014; Heams 2014) suggest that chance is more than a mere nuisance of gene expression. This is the starting point for new conceptions of chance in molecular/cellular studies.

 

Perceval Pillon, « Une « logique » des normes ? Aperçu de quelques problèmes en logique déontique »


La logique déontique, qui formalise la notion d’obligation, est une logique relativement​ récente dont la forme canonique, que l’on fait remonter à Von Wright (1951), est sujette à de nombreuses réserves. En effet, le système dit « standard » est basé sur la logique modale aléthique et sur l’analogie des relations entre obligation et permission, d’une part, et entre nécessité et possibilité, d’autre part. Or les logiques modales dites « normales », créées pour formaliser la notion de nécessité, permettent de dériver des énoncés qui sont considérés comme problématiques dans le contexte de la logique déontique.
L’objet de notre présentation sera de confronter deux approches (deux systèmes), créés dans le but de dépasser les problèmes du système standard. Cette confrontation se fera au regard de deux questions plus générales en philosophie de la logique, celle de la place que doit ou peut avoir une théorie de la démonstration dans la constitution d’une logique et celle, parallèle ici, de la nature de la sémantique employée, les normes étant des objets pour lesquels il est légitime de s’interroger sur leur capacité à recevoir une valeur de vérité.

Séminaire doctoral PhilSci - Marie Michon, Henri Salha

Undefined
Monday 12 March 2018 - 16:00 to 18:00
IHPST - Salle de conférence

Présentations de Marie Michon et Henri Salha

Marie Michon, « Pour une défense de la peur comme attitude non propositionnelle »
L’approche cognitiviste en philosophie et en linguistique considère généralement les émotions comme des attitudes propositionnelles. Cette considération pose cependant des défauts théoriques importants, que ce soit dans la manière de caractériser ce qu’est une émotion ou avec la définition même d’une attitude propositionnelle. C’est sur cela que portera cette présentation, avec pour illustration le cas d’une émotion spécifique : la peur.

Parmi les différentes manières de caractériser une émotion, je traiterai des travaux qui caractérisent les émotions en tant que  jugements (cf. Solomon 2004; Neu, 2002; Nussbaum 2003 par exemple), ainsi que de ceux qui caractérisent les émotions en tant que désirs (cf. Marks 1982; Oakley 1992). Ces deux exemples serviront de support pour montrer que la peur ne peut ni être assimilée à un jugement ni à un désir. Ces deux instances étant des attitudes propositionnelles, on pourra voir en quoi la peur ne peut pas être systématiquement une attitude propositionnelle. La seconde partie de ma présentation portera sur les défauts généraux inhérents à l’idée de peur comme attitude propositionnelle d’un point de vue linguistique.


Henri Salha, “Programs as tools for knowledge”

La présentation sera donnée en anglais mais les questions pourront être posées en français ou en anglais (traduction possible dans les deux langues)

This communication aims to discuss in which sense computer programs can be used as tools for supporting or enhancing knowledge-related activities. This topic may evoke first computer simulations, which have been well researched by recent epistemology. But as one thinks a little bit further, other types of programs come to mind: for example, databases as they organize knowledge and enable search, counting, groupings, and correlations between large bodies of information; these in turn enable other more specialized programs, like tools for stylistic analysis in literature studies; and then, as other examples pop up, one starts to think that any program, as long as it manipulates data with a given knowledge value, could be considered as a tool for knowledge. A supply chain management software could be considered as holding critical knowledge for the company, such as inventory value, or pending customer orders, and so on.

The questions which are raised are therefore the following: 1) can we measure the “knowledge value” of a computer program? Databases, as long as they only store and retrieve information, seem to have a low knowledge value added; on the reverse, simulations, which mint their own data
apparently from scratch, may hold much more added value; 2) how can we ascertain the epistemic link between a program, which is a “blind” symbolic process, and the portion of reality which it is supposed to represent? On this question, databases rely safely on the epistemic guarantee that is brought by the information they store, whereas simulations, as it is well known, have much more trouble to validate their link to reality.

These two questions are important for the philosophy of computing, as they may help to bring new perspectives in the understanding of the way computer programs can relate to reality and their semantics in a broad sense. Further, they may change our understanding of what is knowledge itself, if it is a capability that computer programs may enhance or even hold. Cognitive sciences’ ambition to understand mental behaviors – and knowledge in particular – through the paradigm of computing may be significantly rephrased when we understand how actual programs themselves are also vehicles and holders of knowledge.

In this communication, we try to demonstrate that three models of knowledge may answer to these questions, corresponding to three broad categories of software applications: functional applications, reactive systems and games. We view this classification as systematic.

 

Séminaire doctoral PhilSci - Juliette Pubellier, Matias Osta Vélez

Undefined
Friday 27 April 2018 - 16:00 to 18:00
IHPST - Salle de conférence

Juliette Pubellier, « Quelques problématiques liées à la notion de prévention dans les médecines chinoise et conventionnelle »

Résumé

Le terme de prévention médicale en occident est une notion très vaste, un peu fourre-tout, qui engage aujourd’hui des mesures aussi diverses que l’hygiène, la diététique, le dépistage, la prophylaxie, la vaccination, la quarantaine, les campagnes de sensibilisation. Au regard de la pluralité des approches, méthodes et fondements épistémologiques, l’idée semble peiner à conserver une unité. La double définition de la santé qu’elle implique, à savoir d’une part l’absence de troubles pathologiques et d’autre part la recherche d’un bien-être, est également complexe si on la rapporte à un idéal scientifique d’objectivité.

La notion n’est pas moins vaste en médecine chinoise, puisqu’elle en constitue même la base. La médecine chinoise est en effet une médecine essentiellement préventive. Santé et pathologie sont envisagées, davantage que comme deux états distincts, plutôt comme deux pôles entre lesquels l’individu se situe et oscille, selon qu’il tend vers l’harmonie de sa personne comprise comme unité psychosomatique avec le monde, ou vers les excès ou dérèglements.

L’objet de cette présentation sera d’introduire les problèmes épistémologiques et culturels posés par la notion de prévention, au sein de chacune des deux approches et dans leur comparaison.

Matías Osta Vélez, “Beyond logical forms: inference and conceptual systems”

Abstract

There is a long-standing tradition in philosophy that sees inferences and reasoning as syntax-based processes that consider only the logical form of propositions and neglect the content of the predicates involved in them [1-3]. Rules of inference, according to this approach, are only formal rules, i.e. rules articulated (only) around the truth-functional behaviour of logical constants [4, 5]. An alternative way for understanding inference emerged during the last decades following the work of W. Sellars [6]. According to this view, called inferentialism, inference rules are mainly material rules: they are based on the content of the concepts involved in predicates and not only on the meaning of the logical constants [7: 167-172].

In this talk I will propose an interpretation of the notion of material inference based on recent developments in cognitive science. Following Gärdenfors’ three-level distinction of explanatory levels to understand cognitive phenomena [8], I claim that inferential production is largely dependent on the conceptual structure of the agent [9-11]. In this sense, inference should be seen as a process that goes from the conceptual level to the symbolic (propositional) level, and that is supported by domain-specific conceptual structures. I will discuss different ways in which these conceptual structures may influence propositional-based inference and signal some of the consequences that this approach may have for some traditional problems in philosophy of science.

Bibliography

[1] M. Henle, “On the relation between logic and thinking.,” Psychological Review, vol. 69, no. 4, pp. 366-378, 1962.

[2] R. Hanna, Rationality and Logic, Cambridge MA: MIT Press, 2006.

[3] G. Harman, Change in view, Cambridge MA: MIT Press, 1986.

[4] S. Read, “Formal and material consequence,” Journal of Philosophical Logic, vol. 23, no. 3, pp. 247–265, 1994.

[5] J. MacFarlane, “What does it means to say that logic is formal?,” University of Pittsburgh, 2000.

[6] W. Sellars, “Inference and Meaning,” Mind, vol. 62, pp. 313-338, 1953.

[7] R. Brandom, Making it Explicit: Harvard University Press, 1998.

[8] P. Gärdenfors, "Symbolic, Conceptual and Subconceptual Representations," Chapter 18, V. Cantoni, V. Di Gesu, A. Setti and D. Tegolo, eds., pp. 255-270, Boston, MA: Springer US, 1997.

[9] H. E. Moss, L. Tyler, and K. Taylor, "Conceptual Structure," M. G. Gaskell, ed., pp. 1-26: Oxford University Press, USA, 2007.

[10] L. W. Barsalou, "Frames, Concepts, and Conceptual Fields " E. Kittay and A. Lehrer, eds., pp. 21-74, 1992.

[11] S. Löbner, "Evidence for Frames from Human Language," Chapter 2, T. Gamerschlag, D. Gerland, R. Osswald and W. Petersen, eds., pp. 23-67, Cham: Springer Science & Business Media, 2013.


 

Séminaire doctoral PhilSci - Guglielmo Militello ; Olof Söderlind

Undefined
Thursday 24 May 2018 - 17:00 to 19:00
IHPST - Salle de conférence

Guglielmo Militello, “Functional Integration in the Endosymbiotic Origin of Mitochondria”

Functional integration is broadly defined in life sciences as the causal interdependence among the subsystems forming an organism. Since the concept of ʻfunctional integrationʼ is based on a common sense (physiological) view of organisms, it appears vague and unable to provide a stringent criterion for biological individuality. Although functional integration plays an important role in most of functional explanations, neither systemic, nor etiological, nor dispositional approaches to biological functions have taken it into account. The organizational perspective, by contrast, interprets functional integration as the mutual dependence of the constitutive constraints that collectively maintain the whole biological organization by allowing it to exhibit biological individuality.

It is highly debated whether functional integration is an important requirement for defining the biological individuality of symbiotic organisms (e.g., holobionts), because the mutual dependence among the functions of different organisms in many cases does not lead to an ʻintegratedʼ individual. The purpose of this talk is to investigate how the endosymbiotic relationship between the proto-mitochondrion and a proto-eukaryotic cell has led to a more integrated biological organization and a new biological individual (i.e. the eukaryotic cell) by means of a functional redefinition of both the endosymbiont and the host. Two theoretical questions will be addressed: first, how did the endosymbiont and the host achieve a functionally integrated organization?; second, what were its evolutionary consequences?

These questions will be discussed by adopting an organizational approach, according to which the analysis of both structural and physico-chemical conditions of biological phenomena can shed some light on the organization of living beings. The functional redefinition of the bioenergetic systems of the proto-mitochondrion and proto-eukaryote will be examined, because they seem to have played a pivotal role in the emergence of a more functionally integrated organization of the eukaryotic cell. In particular, three phenomena will be analysed: first, the selective loss of biochemical pathways both in the endosymbiont and in the host; second, the appearance of the translocase of inner membrane (TIM) and outer membrane (TOM) of the mitochondrion; finally, the control of the redox poise of the electron transport chain.

These three phenomena suggest that the functional redefinition of bioenergetic systems contributed to not only the metabolic co-dependency between the host and the endosymbiont, but also a dramatic transformation of both organisms that led to a new biological individual (i.e. the eukaryotic cell). Thus, the functional redefinition of the systems involved in energy production was a key factor for the functional integration between a proto-mitochondrion and a proto-eukaryotic cell.

It will be argued that, in the case of eukaryogenesis, the concept of ʻfunctional integrationʼ is intimately connected with those of ʻbiological noveltyʼ and ʻbiological individualityʼ, insofar as the emergence of a more integrated symbiotic organization has led, by means of functional redefinition of the host and the endosymbiont, to new biological functions and a new biological structure exhibiting a specific kind of individuality.

Olof Söderlind, « Du savoir pratique au savoir continu »

Avec les notions de continu, discret et savoir nous pouvons créer quatre catégories : savoir du continu, savoir du discret, savoir continu et savoir discret. Laissons de côté les deux premières. Définissons savoir discret comme une pièce d'information, ex. « Paris est la capitale de la France ». Y a-t-il du savoir qui n'est pas discret ? Y a-t-il du savoir continu ? Dans ma présentation je propose une ébauche d'une réponse à ses questions à travers une critique de l'intellectualisme de Jason Stanley selon lequel tout savoir est savoir propositionnel – savoir discret ? – ou peut être réduit à du savoir propositionnel. La réduction qu'il propose du savoir pratique, à partir des notions de « know-wh », de savoir propositionnel et de mode de présentation pratique, manque, selon moi, son but car elle ne respecte pas l'aspect fondamentalement temporel – continu ? – du savoir pratique. L'argument tournera autour d'une expérience de pensée mettant en scène deux protagonistes, M. Dupont et M. Dupont 2000, une réplique exacte du premier avec la particularité d'avoir un contrôle absolu de ses états internes. Je soutiendra qu'il existe une différence de savoir pratique entre les deux Dupont, mais que la théorie de Stanley est incapable de rendre compte de cette différence.